C’est la fin. La fin pour ici, à La Réunion. Le Séchoir de Saint-Leu accueille notre Ti’Zac dans sa Grande Ravine.
Nouvel espace, à l’opposé de celui du Jardin de l’Etat.
Le choix initial était le confinement, entre les arbres qui encerclaient l’action posée comme une île.
La Grande Ravine, ouvre, éclate, aspire le regard vers les falaises sur lesquelles les mots rebondissent en écho.
Le contraire. Et ce contraire nous excite.
Pendant les raccords de répétitions de l’après-midi, les acteurs découvrent, vibrent de nouvelles sensations.
Et cette gestion différente des corps, des mouvements et des voix dans l’espace annoncent les prémices d’une représentation « particulière ».
D’autant plus particulière que c’est la dernière représentation. Un dernier rendez-vous de l’acteur avec le public. Comme une ultime étreinte, avec soi, avec le personnage, avec les partenaires et avec eux, les publics, venus là ce soir.
Et tandis que dans les loges, les acteurs s’embrassent une dernière fois avant d’entrer sur l’aire de jeu de la Grande Ravine, avec cette émotion particulière d’une représentation dernière, je ressens avec eux ce frisson du « Ici et maintenant ou jamais ».
Alors, des mots de ce qui fut (et reste) ma « bible » de jeune acteur ressurgissent en écho dans les falaises de ma mémoire : « … Que tout est toujours différent, que l’accomplissement n’est jamais le même, à cause de toi ou d’eux, ou du lieu, du costume, de l’heure, pour mille causes encore subtiles et informulables, qu’on éprouve mieux qu’on ne saurait définir… ». Il a raison Louis Jouvet dans son Ecoute, mon ami. Ce soir c’était la dernière, la fin pour ici, à La Réunion, et tout ce que nous avons réellement éprouvé, on ne saurait vraiment le définir.
Luc Rosello
Metteur en scène


